6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 16:51

Indécision, incertitude, menace de désertion massive… ponctuent cette présidentielle. Tout se passe comme si les politiques ne parvenaient pas à convaincre les Français d’aller voter.

Quelle clé leur manque-t-il pour parvenir à les mobiliser ?

J’aime le mot d’Emmanuel BERL : je n’écris pas pour dire ce que je pense mais pour le savoir. Comme beaucoup, je suis inquiet du temps présent et de la tournure que l’avenir prend. Aussi, j’éprouve ce besoin de mettre en mots ce que je n’entends ni ne lis nulle part ; avec l’espoir sans doute un peu naïf, d’y parvenir…

A quelques semaines de la présidentielle, que voyons-nous ? Une absence de débats et un déballage de programmes convenus, de constats, de chiffres si froids et si insignifiants que les Français, déroutés, restent en retrait : ils n’adhèrent pas et manifestent comme jamais leur volonté de s’abstenir ou de voter blanc ; et quand ils se mobilisent, c’est le plus souvent par dépit ou par faiblesse : ils veulent un sauveur, une idole…

Dans cette présidentielle, quelque chose manque ! Quelque chose qui ferait que les auteurs de ces programmes soient suivis !

Je vous livre une idée : comme le sait un bon médecin, le succès de la guérison appartient à celui qui, après le temps d’une observation sérieuse et l’étroite complicité du malade, identifie et désigne le mal en le nommant. Cela s’appelle faire un diagnostic. Or où est ce véritable diagnostic sur l’état de la France ? Où est ce levier puissant pour mobiliser les Français sur leur guérison ? Les ordonnances affluent mais le diagnostic, je ne le vois nulle part. Et ne me dites pas que pointer le niveau d’endettement ou le poids des dépenses publiques est un diagnostic sérieux. Dire que le malade a de la fièvre est du même ordre, il ne s’agit là que d’un simple constat qui ne règle rien. J’ajoute qu’un bon diagnostic comporte une ouverture sur l’avenir : quelle vie puis-je espérer avoir si je guéris ?

Voici en quelques lignes mes constats : sur la démesure qui marque l’époque sur tant de sujets, les Français ressentent un sentiment d’impuissance qu’ils ne peuvent plus supporter. Ils ne savent pas comment sortir de ces excès. Ils sont inquiets. Pire, ils sentent que ceux-là même qui devraient maîtriser ces questions, les politiques, sont dans la même difficulté qu’eux. Ce mal dont ils souffrent est la conséquence d’une technicité et d’une mondialisation hypertrophiée dont l’omniprésence désagrège leur vie de tous les jours, leur travail, leurs Institutions, leur santé, leur territoire… Or parce que ce mal n’a pas fait l’objet d’un diagnostic sérieux et partagé, il continue de se répandre. Ce mal a un nom : la dépression. Celle qui terrasse tout sujet conscient qui perd la main sur la conduite de sa vie.

En procédant ainsi, c’est-à-dire en exprimant les inquiétudes supposées des Français, un diagnostic fait davantage qu’un simple constat. Il entre dans le champ de leurs préoccupations intimes face à un monde déroutant auquel ils n’adhèrent pas.

Or au lieu de leur parler de leurs problèmes, les politiques s’échinent à leur parler de dette, de déficit, de croissance molle, de ratios sur PIB en berne… Pire encore, ils leur rappellent incessamment qu’il leur faut rattraper les autres pays qui, eux, sont déjà dans la course à la modernisation… Tout ceci se faisant sur fond de déculturation et de désagrégation institutionnelle et humaine dont le mouvement lent mais sûr, accentue la douleur des Français !

On comprend que la démarche empathique du bon médecin traditionnel embarrasse les politiques. Il y a là comme une difficulté d’ordre culturel qui fait qu’ils ne comprennent pas ce qu’il faut faire (ce qui n’est d’ailleurs pas le seul fait des politiques…). En paraphrasant La Fontaine dans « Les deux amis », on pourrait dire : le politique ne sait pas chercher les besoins des Français au fond de leur cœur et leur épargner la pudeur de les lui découvrir eux-mêmes…

Faute donc de diagnostic, peu de mobilisation. Or rien de grand ne peut se faire sans ce diagnostic partagé, condition d’un vrai débat sur les choix à faire.

C’est pourtant comme cela que les Français se mobiliseront et se rassembleront et non à l’instigation de ces appels rêveurs au rassemblement ou à je ne sais quel recomposition politique ! En juin 1940, quand de Gaulle appelle les Français à se mobiliser, il a pris le soin d’analyser la situation avant de s’appuyer sur un diagnostic approfondi avec une vision de l’avenir crédible pour s’en sortir. De même, imaginez sa tête face à un journaliste lui demandant combien de déficit ou de dette il prévoyait à la libération… sans doute un tel freluquet aurait-il été renvoyé à ses chères études !

Nous avons en France tout ce qu’il faut pour relever ce défi d’un vrai diagnostic. Si nous ne le relevons pas, en mai prochain, nous aurons un président mais rien de sérieux ne se produira.

C’est la raison pour laquelle, que vous soyez de droite ou de gauche, tourné vers le passé ou vers l’avenir, ayant la foi ou ne l’ayant pas, que vous soyez adepte du progrès ou du conservatisme, que vous soyez en haut ou en bas, conscient et instruit des menaces de ce monde ou pas, farouchement engagé individuellement dans la vie ou que vous soyez plutôt dans un entre-deux hésitant…, je vous conjure de ne souscrire à aucun programme à ce stade. Mais plutôt de faire d’abord ce diagnostic par vous-même. Sachons prendre du recul pour nous poser des questions simples et tenter d’y répondre : dans quel monde voulons-nous vivre ? Quelle place voulons-nous donner à notre part d’humanité dans ce monde futur… ?

Sortons enfin de ce fanatisme délirant de l’immédiateté médiatique qui freine toute tentative de comprendre de quoi sont vraiment faites nos réalités. Réfléchir par soi-même n’est-il pas le meilleur moyen ? Enfin, un dernier message aux politiques : a-t-on jamais trouvé mieux pour fabriquer du succès sur un sujet que de parvenir à mobiliser ceux qui sont concernés au plus près ?

Il reste à peine 3 semaines…

Yves Maire du Poset, consultant et citoyen parmi d'autres...

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Published by yves Maire du Poset - dans Articles parus dans la presse
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Eric Law 06/04/2017 23:07

Cette idée d’un diagnostic est en effet très intéressante, même si l’un ou l’autre candidat pourrait néanmoins prétendre l’avoir déjà réalisé et avoir bâti son programme en conséquence.
En prolongement de votre réflexion, il me semble que deux autres questions conditionnent la possibilité de cet exercice nécessaire de diagnostic.
La première est de savoir comment l’organiser et surtout comment en exposer les résultats de façon à ce que, lorsqu’il sera « publié », chacun soit effectivement touché et se reconnaisse comme un patient bien diagnostiqué (pour reprendre la métaphore médicale)
En effet, un candidat ne peut que s’adresser aux grands nombres (que ce soit lors de rassemblements, de tournées dans le pays, ou dans les médias), alors même qu’un diagnostic devrait pouvoir toucher chacun le plus personnellement possible. Or, cet exercice de diagnostic est porteur de paradoxes car il pourra être différent, voire contradictoire, selon chacun ou chaque groupe (social, professionnel, …) qui en est l’objet. Prenons, par exemple, le sujet de l’agriculture : le diagnostic sera assurément très différent selon qu’il s’agit d’élevage de canard ou de porcs ou de culture céréalière, ou encore de production de lait ou de culture maraîchère, dans les plaines ou en milieu montagnard, car les situations et problématiques sont différentes et parfois antinomiques ! Alors comment exposer, en évitant au passage l’effet catalogue, un diagnostic fait sur tous et chacun ? Faut-il d’ailleurs, dans cet exemple, prendre l’agriculture comme point d’entrée du diagnostic ? Faut-il d’ailleurs diagnostiquer l’élevage ou les éleveurs, la production ou les producteurs, le maraîchage ou les maraichers … ? N’y a-t-il pas une autre ou plutôt de multitudes autres entrées en matière ? Si oui, lesquelles ?
L’autre question qui se pose est celle, dans le cas très spécifique de cette élection présidentielle, de la vraie utilité, dans le prolongement du diagnostic qui serait fait, des débats entre candidats.
Bien sûr, cela procède évidemment de la démocratie, dira-t-on … sauf qu’en l’occurrence, de débat il n’y a point, surtout dans ces temps de la futilité d’une médiatisation qui ne sert que l’immédiat et favorise probablement davantage certaines passions qu’une démocratie apaisée ! Tout juste assiste-t-on à des combats, plus ou moins policés, sur des rings artificiels, voire truqués, dont le but est de faire déraper l’adversaire en veillant bien à rester à la surface des choses. Quand bien même, certains aspects du diagnostic seraient partagés entre candidats, ce ne sont pas ces débats spectacles entre eux qui en changeront les propositions de remèdes, surtout avant le 1er tour. A la rigueur, il peut y avoir, entre les deux tours, un débat entre les deux seuls finalistes, ne serait-ce que pour des considérations très pragmatiques qui permettront de le rendre un peu efficace, en approfondissant quelques sujets qui peuvent faire encore fléchir le vote de quelques-uns. Plus généralement, les débats potentiellement intéressants et convaincants me semblent être ceux dans lesquels les personnes ont une envie commune, sous l’impulsion d’un candidat, de construire et partager les diagnostics puis d’élaborer les idées de remèdes. De même, les débats qui permettent de confronter tel ou tel candidat – mais un seul à la fois ! – à d’utiles contradicteurs sont sans doute plus efficaces et servent davantage la démocratie (à ce propos, il demeure une petite difficulté pour déterminer de tels contradicteurs « utiles » !).
A l’ère des médias un peu fous et des réseaux sociaux, souvent affolés et affolants, qui ne véhiculent qu’écume (et amertume), la question demeure : qui a envie de voir la substance des choses, i.e. de construire un diagnostic franc et lucide ?

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