5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 12:44

Les-Echos-5-mai-2014.jpgEt si, pour changer d´air, vous faisiez un petit détour par un bon « classique » fourmillant d´idées qui ne manqueront pas d´enrichir vos réflexions et de vous aider dans vos actions futures ?

Avec Balzac, on n´est jamais déçu. Forcément il y a tant de choses dans ses livres : des personnages hors du commun, des aventures incroyables, des leçons de vie, des perles à chaque page qui ne cessent de vous arracher sentiments d’admiration, élans d’intérêt, voire de passion et, parfois, quelques rires jaunes parce que vous vous apercevez vite que c’est de vous dont il s’agit…

Sociologue, historien, psychologue, politique, moraliste, observateur en tous genres, rien ne l’arrête. Il sait vous entraîner dans le tourbillon de ses passions et de ses emportements. Lire un roman de Balzac, c’est accepter dès le départ d’en sortir transformé, comme ébouriffé par grand vent !

Si j’ai choisi aujourd’hui de vous parler de ce Médecin de campagne, c’est parce qu’il s’agit d’une belle histoire dont les enseignements sont fort intéressants et pleins d’actualité. Faut-il ajouter que le roman est si magnifiquement écrit qu’on entre dans l’histoire comme un ver dans la terre…

C’est quoi l’histoire ?C’est principalement celle d’un personnage haut en couleurs : Benassis. Il est médecin, arrive à mi vie dans un village du Dauphiné, en devient maire et, en quelques années,  sort toute la contrée de sa torpeur. Là où misère économique et pauvreté régnaient en dépit d’une riche nature, il sait créer peu à peu de la croissance avec toutes sortes d’activités agricoles et industrieuses. Sa technique ? Il commence par observer ce pays ; il repère vite ses  quelques ressources puis cherche à identifier les attentes des populations du canton et de Grenoble, la grande ville la plus proche. A force de travail et de conviction, il réussit à créer de nouvelles richesses. Un exemple : il constate que tous les paysans achètent à Grenoble les clayons dont ils ont besoin pour y livrer leurs fromages. Il convainc donc un paysan de cultiver de l’osier puis réussit dans la foulée à créer de toutes pièces une petite industrie fabriquant toutes sortes de produits de vannerie : paniers, claies… afin d’alimenter les marchés avoisinants. Fort de ce premier succès, il fait venir la main d’œuvre nécessaire pour accompagner l’essor de cette activité et crée ce qu’il faut pour satisfaire leurs nouveaux besoins… Ainsi en quelques années, Benassis crée-t-il un cycle économique et social vertueux. Tous sont derrière lui car il a su imposer son autorité mais il est surtout un homme de bien qui n’a d’autre but dans la vie que celui de servir.

Car là est son secret : on comprend que cette vie est l’endroit d’un envers moins illustre. Benassis rend en effet à l’humanité ce qu’il lui a pris dans sa jeunesse : en offrant désormais son intelligence et son expérience aux autres, il paye sa dette. Tout au long du roman, vous le verrez avec bonheur, Benassis va raconter cette vie passée et s’en expliquer.

Aujourd’hui, quels enseignements peut-on tirer d’une telle œuvre ?

Quelques lignes ne suffisent évidemment pas à rendre compte de sa richesse. J’ai donc choisi de ne sélectionner que deux enseignements, que notre modernité, si souvent dans l’excès, ferait bien de prendre en compte : l’un sur la marche de l’économie et l’autre sur le management.

Un enseignement sur la marche de l’économie. Si l’on suit notre médecin de campagne, pour créer de la croissance, il faut commencer par regarder à sa porte : là se trouvent les premiers besoins à satisfaire. Certes, ce ne sont au démarrage que des besoins primaires mais leur satisfaction créera vite la richesse suffisante pour ouvrir la porte à d’autres besoins plus élevés. Balzac faisait déjà ce constat que « c’est l’activité qui crée l’activité. »* 

Or avec  ce livre, nous mesurons notre échec actuel sur ce terrain de la création économique. Notre choix de nous retirer de certaines activités considérées comme inférieures n’en est-elle pas la cause principale ? En faisant le pari du développement uniquement technologique tout en renonçant au reste, nous avons fait le lit d’une croissance qui finalement s’éteint parce qu’incomplète et donc déséquilibrée.

L’exemple édifiant que Benassis donne de la création d’une activité de tanneries et de confection de chaussures rappelle l’un de nos choix inconséquents il y a quelques décennies : ne plus fabriquer de chaussures. Pensions-nous à l’époque que nos contemporains iraient désormais pieds nus… ? Finalement, qu’avons-nous gagné dans cette opération ? Notre industrie de la chaussure a disparu et son berceau, Romans sur Isère, a un taux de chômage record de 21,15% ! Et nos enfants ne marchent plus qu’avec des mochetés en plastique fabriquées en Asie et dont les prix, bien supérieurs à une chaussure classique en cuir de qualité, font le bonheur d’entreprises étrangères florissantes !

Question : dans nos projets économiques, dans l’entreprise, dans nos institutions…, ne sommes-nous pas atteints par le syndrome de la « grossitude » qui finalement nous éloigne de nous-mêmes ? En dédaignant les « petites » activités, on se prive de l’essentiel : la chance d’un  travail pour tous. Facteur principal de la socialisation, celui-ci permet à l’individu de croire en lui puis de nouer des liens utiles sur le plan économique. Or qu’avons-nous fait depuis tant d’années sinon tourner le dos à cette évidence et à son corolaire, le bonheur pour tous d’« entrer en société économique » et de participer à son essor ?

Conséquence : il faut très vite reprendre langue avec le local et la proximité des besoins économiques primaires. Ce qui exige de faire un peu moins de place aux économistes « macro » qui sont dans l’échec absolu et d’en faire davantage à des économistes de terrain qui comprennent ce que veut dire le concept de création de valeur économique. Car c’est sur ce créneau que l’activité nouvelle est la plus facile à créer et que la mobilisation des populations est la plus vive.   

Un enseignement sur le management. Benassis sait faire bouger les choses en alliant efficacité du chef et goût de l’humanité. Pour réveiller sa contrée, il y investit toute son énergie. Il n’est pas un économiste ni un politique mais il observe, écoute, cherche à comprendre les uns et les autres. C’est ce goût de la proximité qui produit chez lui de la créativité. Et, quand il est convaincu, il lance ses projets. Il jauge chacun des acteurs, il leur fait confiance, il les met à l’épreuve et les accompagne par sa présence constante. Il sait se retirer dès que le succès se fait visible mais sait se réjouir avec ceux qui l’ont produit.

Benassis croit en l’Homme, infiniment. Toujours, il agit avec cette bienveillance qui donne de la dimension à son ambition d’« élever ce pays comme un précepteur élève un enfant.» Il connaît les Hommes et n’en attend pas plus que ce qu’ils peuvent donner, chacun  sa mesure. Charitable ? Oui mais avec modération : en tant que médecin, il ne fait payer que ceux qui le peuvent, en économiste, il cherche avant tout à accompagner les volontés. Il sait donner, accorder du crédit, il sait aussi s’enrichir mais avec cette mesure qui intègre le partage nécessaire du succès avec ceux qui le construisent. En somme, Benassis est un bel exemple de manager équilibré qu’on aimerait voir fleurir davantage !  

*Michel GODET car il faut rendre à César…

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Published by yves Maire du Poset - dans Articles parus dans la presse
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commentaires

Logement étudiant 19/07/2017 09:12

Bonjour
Merci pour votre super blog, vraiment très intéressant

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