25 juin 2002 2 25 /06 /juin /2002 07:30
 
Article-Les-Echos-25-juin-02.jpgLe 21 avril dernier, tous les politiques ont fait le même constat : s’éloigner du terrain est dangereux. Cela produit en effet de mauvaises conséquences : des résultats qui ne correspondent pas aux attentes, un abandon des changements à long terme au profit des demandes corporatistes et une vraie difficulté à rendre les citoyens actifs dans la Cité.
 
Malgré leur bonne résolution de retourner sur le terrain, faut-il croire un tel revirement à 180° de leurs habitudes ? Va-t-on croire le gourmand invétéré qui, dès le printemps, annonce qu’il se met au régime… ?
 
Sans les dédouaner, disons qu’ils ne sont pas les seuls à pratiquer la conduite au radar… Dans l’entreprise aussi, s’éloigner de ses clients comporte des risques. Rappelons-nous les déboires immobiliers de la banque dans les années 90 : trop éloignée du terrain, elle s’est aveuglée elle-même. Et avec Internet, n’a-t-on pas vu tant de décideurs perdrent leur bon sens faute de prise directe avec le terrain ?
 
De tels exemples font comprendre une réalité : en France, nous n’aimons pas vraiment le terrain ! Nous n’avons pas, comme dans d’autres pays, cette double culture du client et de l’expérience . Nous prêchons pour la proximité avec ceux pour qui nous travaillons mais dans la réalité, nous préférons réfléchir et décider en chambre avec le soutien éventuel de consultations scientifiques du terrain pour étayer nos inspirations. Nous disons respecter l’expérience comme une valeur sûre mais nous ne la favorisons pas. Nous ne la reconnaissons que quand elle s’impose. Voyez comme la réforme de la Validation des Acquis de l’Expérience a du mal à aboutir. Elle choque tellement notre culte de l’intelligence, du diplôme. Sinon comment expliquer qu’en France on puisse devenir patron d’un groupe de milliers de salariés ou ministre sans expérience managériale ?
 
Autres exemples de ce réflexe anti-terrain : dans l’entreprise, à qui confie-t-on la fonction d’ambassadeur ? Aux jeunes sans expérience et il leur faut développer les affaires… ! A l’école, quels professeurs envoie-t-on dans les lieux les plus difficiles sinon les moins expérimentés ?
 
Espère-t-on ainsi mieux satisfaire les clients, mieux aider les élèves en difficulté ? Et quant à ceux que l’on envoie au casse-pipe, croit-on que l’échec est plus formateur que le succès ?
 
La vérité est que les décideurs se méfient du terrain.
 
 
 
J’y vois 2 causes : l’une qui tient à notre enseignement et l’autre, conséquence de la première, à l’utilisation hypertrophiée des instruments d’analyse, comme source de connaissance du terrain.
 
Notre enseignement mise avec excès sur la production d’intelligence, n’apporte pas de réelle expérience des relations humaines et n’est pas assez ce lieu d’apprentissage de l’observation des réalités. Pour faire court, on peut sortir du système scolaire par le haut, avec une maîtrise parfaite de la théorie et être infirme sur l’art de gérer ses relations et l’art d’observer les réalités. Résultat : notre système scolaire ne produit pas les talents d’écouteur et d’observateur du terrain dont nos organisations politique et économique ont besoin.
 
Qui se ressemble s’assemble… Nos décideurs vont s’entourer des plus brillants sujets et créer de belles idées sur un tapis volant… Ainsi perchés, ils compenseront cet éloignement du terrain par une utilisation hypertrophiée de sondages, enquêtes et autres systèmes d’analyse des évolutions de la société. Nécessaires, ces outils ne remplaceront jamais la richesse de la relation avec le client ou l’électeur. Surtout si l’on veut faire de lui un acteur du changement.
 
 
 
Pour que les pratiques des décideurs changent, je leur suggère :
 
- d’introduire dans l’enseignement une pédagogie qui développe l’expérience de la confrontation humaine et la capacité à observer. Par exemple on pourrait enseigner le bricolage dès le plus jeune âge : y a-t-il plus belle occasion de mesurer l’intérêt de réfléchir avant d’agir et de développer l’observation des réalités que l’on veut transformer. Et quel formidable lieu de confrontation avec les autres !
 
- de rééquilibrer leurs équipes actuelles avec des gens expérimentés ayant pour mission de comprendre le terrain « de l’intérieur ». Doués d’une écoute attentive, ce sont des professionnels de l’observation. Ils savent transformer les attentes du terrain en projets et ils savent comment le mobiliser. Ils possèdent cette modestie que donne un bon équilibre entre expérience et connaissance.
 
Ces dernières années, les fonctions de Médiateur et de Déontologue sont apparues pour répondre à de nouveaux besoins : gérer les relations avec les administrés ou les clients, veiller à la conformité des procédures et des pratiques avec la loi.
 
Aujourd’hui une nouvelle fonction doit naître dans nos organisations confrontées à un monde plus que jamais complexe et ouvert : les Hommes de Terrain. Véritables professionnels de la proximité, ils devront aider les décideurs à voir et à agir avec plus de justesse.
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20 juin 2002 4 20 /06 /juin /2002 17:25
Comme beaucoup de blogs, le mien est né d’une insatisfaction et d’une conviction qui me poussent à m’exprimer : insatisfaction par rapport à ce que je lis, vois et entends depuis plus de 20 ans sur le sujet des Ressources Humaines et conviction que l’on pourrait faire beaucoup mieux avec un peu plus de bon sens et de pragmatisme.

J’ai œuvré de nombreuses années dans les Ressources Humaines (j’ai dirigé le développement des compétences d’une banque internationale). J’ai aussi été créateur d’une entreprise (que j’ai, depuis, revendue à un grand groupe français) et je suis un spécialiste du développement (j’ai écrit sur ce sujet des articles publiés par la presse économique). Partout où je suis passé, j’ai su réconcilier stratégie de l’entreprise et intérêt des individus, objectifs des opérationnels et objectifs des RH. Aujourd’hui, j’accompagne des individus pour qu’ils retrouvent une activité (je fais de l’outplacement et mets en œuvre des PSE). Là aussi, je continue de réconcilier : une offre pauvre et une demande forte si mal organisées.

Et, comme beaucoup, je suis inquiet du climat social tendu qui couve sous la cendre dans l’entreprise et aussi de la défiance que celle-ci suscite de plus en plus auprès des salariés. Je me dis qu'il nous faut agir,.sans doute en innovant davantage et en sachant sortir des sentiers battus. Après tout, que risque-t-on ? 

Car enfin, qu’il s’agisse de l’emploi (je pense au sort des seniors comme des plus jeunes sur le marché du travail…), de GPEC (à qui une récente obligation redonne soudain de la jeunesse…), de formation (qui a tant de mal à former ceux qui en ont le plus besoin...), du Bilan de Compétences qui ne marche pas (moins de 0,5 % des salariés du privé font un bilan par an…), de mobilité interne qui peine à se développer (1,1 % des cadres ont changé de service en 2006...), etc., il faut reconnaître que nous avons du mal sur tous ces sujets. Ce qui frappe, c’est en effet notre difficulté à trouver des solutions qui marchent dans un monde économique qui change et se durcit : précarité accrue, clivages de plus en plus larges entre des grands groupes ordonnateurs qui arrivent encore à maintenir un peu de sécurité et un tout autre monde économique rendu au sort de sous-traitant et plongé dans l’insécurité
.

Pour contrer ces mauvaises tendances, ma conviction est qu’une plus forte implication de chacun (salariés, responsables de Ressources Humaines et décideurs) dans le rôle qui est le sien changerait sensiblement le cours des événements. Rien ne peut se faire si ceux qui sont concernés ne sont pas à fond « dans l’histoire » ! Or la réalité est tout autre. Le DIF (Droit Individuel à la Formation) n’en est-il pas le meilleur des exemples ? Au lieu d’entraîner une vraie mobilisation des salariés sur leurs besoins de formation, celui-ci a fait un « flop », laissant chacun dans l’interrogation, la passivité ou, pire, dans l’ignorance absolue de cet avantage notoire. L’idée de ce blog est de partager des idées concrètes qui marchent pour que chacun soit davantage acteur de son parcours professionnel.
Ici, l'on pourra s’exprimer, échanger et s’enrichir. Et chaque fois que je le pourrai, j’apporterai mon éclairage, l’expérience que j’ai pu éventuellement forger sur ce sujet et, le cas échéant, un exemple pratique que l’on pourra suivre.

En mars 2008, est paru un livre que j’ai écrit sur l’un de ces sujets sensibles sur lesquels nous avons tous à faire des progrès. Son titre : 2 minutes pour bien se vendre, l'art de parler de soi (Editions LEDUC).

                                                                                                        Yves Maire du Poset
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